Donner une seconde vie aux objets cassés
dans l'esprit wabi sabi
En septembre 2024, je quitte un statut confortable et prends un virage à 180°, guidée par un besoin profond de changement.
Après 29 ans dans l’enseignement, l’édition, l’ingénierie de projets artistiques et culturels puis la formation pour adultes, j’ai souhaité mobiliser le geste artisanal, guidée par une attention aux objets, à leur matérialité et sensualité : réparer les lacunes des tableaux, intervenir sur les failles des céramiques, créer des objets insolites à partir de pièces disparates… dans l’esprit slow repair et wabi sabi, car :
- créer sans produire du neuf me guide ;
- accueillir celles et ceux qui s’émeuvent de la perte d’un objet sentimental pour lui donner une seconde chance m’enthousiasme chaque jour davantage ;
- chiner, transformer ou (re)parer les blessures d’objets d’art du seul fait du hasard, de rencontres ou suite à de mauvaises conditions de conservation est mon quotidien.
Le moment yūgen
En japonais, c’est le mot qui désigne un moment suspendu, où la beauté du monde te frappe sans prévenir et te laisse sans voix.
J’ai eu ce moment yūgen en mars 2024 lors d’une exposition sur le Japon à La Sucrière, à Lyon.
Je suis restée sidérée devant des œuvres de Showzi Tsukamoto, un maître et enseignant de l’art du kintsugi.
Je me suis alors promise de chercher comment réaliser à mon tour ce qui éblouissait mes yeux.
La philosophie wabi sabi
Le wabi-sabi est à la mode ?
Je me méfie des modes, elles passent comme des courants d’air.
Or, j’ai fait ce vœu quand j’ai lancé ma petite entreprise : embrasser cette philosophie du peu, du durable, du réemploi, de la sobriété magnifiée, pour la transmettre et la pérenniser. Pas pour surfer sur un effet de mode et l’oublier aussi sec une fois les bonnes résolutions énoncées (et rarement tenues).
WABI invite à apprécier l’humble beauté des choses simples et imparfaites.
SABI correspond au sentiment de paix qui émane des choses anciennes et leur altération par le temps… loin des effets de mode.
L’art du kintsugi est basé sur cette esthétique japonaise. Il met en évidence les imperfections des objets, invite à accepter leurs défauts pour en révéler toute la beauté.
Le geste Motta-inai
Au Japon, il désigne le geste vertueux de lutter contre le gaspillage et faire durer les objets. Usés ou cassés, ils sont restaurés quels que soient leur valeur, âge ou destination.
Ne pas rechercher la perfection ni à redonner un état neuf à un objet mais intervenir de manière minimaliste, voire à sublimer ses blessures, est précisément la philosophie du Kintsugi (art japonais de restauration de céramiques).
Les objets, autant communs que luxueux, sont sublimés par la laque urushi, les poudres métalliques, l’argent ou l’or. Marqués par les traces du temps, gardiens de murmures et d’histoires, leurs brisures et leur réparation font partie de leur histoire, sans être dissimulées.
Aucune leçon de vie ici, ni d’histoire romancée sur la réparation des fêlures, cicatrices ou lacunes mais un geste artisanal patient, amoureux et délicat qui, chemin faisant, s’autorise la fantaisie pour donner une seconde vie, parfois insolite, aux objets qui viennent papillonner entre mes mains.
Si cette philosophie du wabi sabi vous parle, si vous souhaitez comme moi valoriser l’imperfection esthétique, acquérir une pièce unique, apprendre l’art du kintsugi… je vous accueille avec joie !
Ma formation
J’ai appris et apprends encore auprès de professionnels, parmi lesquels :
- Iris Lelièvre (Atelier de la Boucle à Besançon), pour un apprentissage régulier en restauration de tableaux : déontologie, diagnostic de base, voilage général et localisé, décrassage et allègement de vernis, masticage des lacunes, reprise des lacunes et des déchirures, réintégration chromatique, protection.
- Joëlle Pâtissier-Vallemont (Atelier de la Renaissance à Lyon, Centre de formation spécialisé dans la conservation et restauration de tableaux) pour un stage d’initiation en conservation et restauration de peintures de chevalet.
- Béatrice Jacotot (Cérakin à Paris), lors d’une formation dispensée au Campus MaNa : connaissances théoriques du concept de wabi-sabi, histoire et technique traditionnelle du kintsugi et de la pratique de la laque, apprentissage des différentes étapes de réalisation du kintsugi (collage, comblement, pose des différentes laques et des poudres métalliques de finition, connaissances sur les conditions de siccativation de la laque urushi).
